De retour d’une formation sur le serveur DOREMI, notre directeur technique partage son expérience avec Anne-Marie Puga, directrice de production de la société Stations Services. Il fait le point sur les évolutions liées à l’arrivée du numérique dans les salles de projection, les worksflows en vigueur et évoque le rôle de la post-production dans la chaîne de diffusion en numérique.

DIGITAL CINEMA, DCP & DCI
Anne-Marie Puga : Avant toute chose, parle-t-on de projets tournés en 35mm ou en numérique ?
Farid Radi : On parle de projets tournés en numérique ou en 35mm mais destinés à une projection numérique en salle. Pour résumer la chaîne de production : on tourne, on monte, on étalonne et on exporte des fichiers. Ces fichiers sont ensuite encodés de manière logicielle en JPEG 2000 encapsulé dans du MXF, ce qui devient un DCP (Digital Cinema Package).
Dans une chaîne de production en argentique, le distributeur livre une bobine 35mm à l’exploitant dont le coût moyen peut-être estimé à environ 1000 euros. Aujourd’hui, dans le même ordre d’idées, une « bobine numérique » coûte 100 euros. Pour l’exploiter, on doit respecter les recommandations de la DCI (Digital Cinema Initiative), établies par les différents acteurs du cinéma numérique (les majors et les partenaires techniques).
Les recommandations de la DCI intègrent le format de diffusion, la résolution, le débit, le cryptage, le watermarking et la compatibilité matérielle.
DIGITAL CINEMA & POST PRODUCTION
AMP : Quels changements cela entraîne-t-il du côté de la post-production ?
FR : Rien ne change entre une post-production d’un projet destiné à une projection en 35mm et une post-production d’un projet destiné à une projection en numérique, hormis l’export. En DC (Digital Cinema), on livre un master définitif (DPX, Tiff…) alors qu’en argentique, il fallait faire une conformation à partir d’une EDL et passer par la phase photochimique.
On peut ensuite encoder les images, avec des logiciels comme CINE ASSETS ou EASY DCP, mais le watermarking sera fait par le serveur de diffusion, qui crée la playlist finale en intégrant la publicité, les bandes-annonces…
Arrivés à l’étape de la diffusion, le serveur de diffusion (Digital Cinema Player) va ingérer les Digital Cinema Package. Avec un logiciel spécifique, il va appliquer aux fichiers le traitement conforme à la DCI, décoder les clés, avant de permettre la diffusion sur un projecteur lui-même compatible avec la DCI.
AMP : En quoi consiste ce système de clés ?
FR : Les KDM (Key Delivery Message) lient une copie à un serveur unique (donc à une salle unique). Ils autorisent l’usage du contenu pendant une période donnée. Les majors peuvent alors intervenir en ajoutant d’autres restrictions à la copie (jours de diffusion, horaires, etc.), ce qui retire aux exploitants la souplesse qu’ils avaient avec une bobine argentique mais renforce la sécurité anti-piratage.
LE COUT DE L’ÉQUIPEMENT
AMP : Combien peut coûter l’équipement DC d’une salle pour un exploitant ?
FR : Le coût moyen global de l’équipement d’une salle, incluant le serveur, le projecteur et les travaux divers est d’environ 100 000 euros. Tous les cinémas ne peuvent pas assumer ces frais. Il a donc été mis en place un système de VPF (Virtual Print Fee) qui prend en charge les frais d’équipement d’un exploitant et qui récupère environ 75% de l’économie estimée à 900 euros entre les frais de location d’une copie 35mm et d’une copie numérique, jusqu’à remboursement des frais d’équipement. En France, ce système de VPF est proposé par Art Alliance, AAM, Imagis et XDC qui sont des intermédiaires entre les exploitants et les différents acteurs du Digital Cinéma.
AMP : Et les cinémas indépendants dans tout ça ?
FR : Le CNC a lancé un plan d’aide qui devrait financer autour de 70% des frais d’équipement des cinémas indépendants, c’est-à-dire entre 2500 et 3000 salles en France.
LA NORME DCI
- Une compression JPEG2000
- Un débit de 250 Mbits / seconde
- Un cryptage Open source
- Un fournisseur de « Watermarking » : Phillips
- Obligation d’une garantie longue durée pour les matériels
- 3 formats de projection « historiques » (1.89)
- 2K à 24 im/sec (2048 pixels par 1080 lignes)
- 2K à 48 im/sec
- 4K à 24 im/sec (4096 pixels par 2160 lignes)
- 1 format stéréoscopique
- 2K relief 24 im/sec (basé sur le 48 im/sec)
- Autres cadences proposées pour standardisation (déjà supportées par Doremi)
- En 2K : 25, 30, 50 et 60 im/sec
- En relief 2K: 25 et 30 im/sec
- Implémentation de procédé technique pour 16 et 18 im/sec

